Rencontre avec Marine de "La Treille, Maison ensoleillée", louve libre et inspirée.

Marine est une jeune maman marseillaise amoureuse de sa région, passionnée par le stylisme, l'artisanat et le vintage mais surtout, par "La Treille" sa maison qui date de 1920.

Nichée au pied des collines du Garlaban à Marseille, lieu emblématique de l’écrivain Marcel Pagnol, c'est dans cette maison baignée de soleil que sont nés sa fille et son projet de fabrication de jolies pièces brodées "La Treille, Maison ensoleillée". C'est à cette période que Marine a eu le déclic de se lancer dans l'entrepreneuriat. Elle a pris le temps, s'est écoutée et a réalisé que ce qu'elle voulait par dessus tout, c'est créer librement, selon ses valeurs et sa vision de ce que devrait être le stylisme (ce qu'elle n'a jamais réussi à trouver dans ses précédents métiers). La maternité lui a donné la force nécessaire pour ça. Comme elle me l'a si joliment dit, lorsqu'elle est devenue mère, elle s'est sentie devenir une battante, une "louve".

Ce qui m'a touché le plus quand Marine m'a raconté l'aventure de La Treille, c'est que c'est avant tout une histoire de famille : des créations fabriquées par plusieurs mains talentueuses, nourries par différentes âmes et histoires de vie.


Ce portrait est le septième et je me rends compte, non sans émotions qu'il y a un fil rouge évident : toutes ces femmes entrepreneuses veulent être libres de créer selon leurs valeurs. Des valeurs humaines, écologiques dont le monde a besoin, dont nous avons tous besoin. Ça me rend optimiste de savoir qu'elles contribuent, chacune à leur façon, à construire le monde de demain, qui j'en suis certaine, ne sera que meilleur.


Parle-moi de toi Marine, de ton parcours.


Marine - Je m’appelle Marine, j’ai 31 ans. J’ai fait des études de modéliste (patronage et réalisation du vêtement), un métier et savoir-faire qui n’existe malheureusement plus vraiment en France. Il s’est délocalisé dans les pays asiatiques comme beaucoup de métiers dans le textile. J’ai été styliste pendant 10 ans pour différentes marques marseillaises mais je n'ai jamais véritablement été épanouie professionnellement. J'ai réalisé que c'est un métier où on passe du rêve à la réalité. La création n’est en fait que copie et la qualité passe au second plan. Pendant toutes ces années, je me suis beaucoup investie afin de faire changer les choses mais j'ai compris que la seule option pour moi était de voler de mes propres ailes. Je pense finalement avoir toujours eu un peu ça en moi. Je suis quelqu’un qui n'en fait qu’à sa tête et qui ne lâche rien quand elle veut quelque chose.



Dans la vie, plutôt speed ou slow?


Marine - Plutôt speed, je ne sais pas tenir en place ou me concentrer très longtemps. J’ai beaucoup d’idées que j’ai encore du mal à canaliser mais j’y travaille car je sais qu'à vouloir faire vite, parfois, on n'avance pas comme on le voudrait.


De quelles idées, motivations est né La Treille ? Comment t'es-tu lancée ?


Marine - Tout à commencé le jour où nous avons acheté la maison La Treille en avril 2018.

Nous avons eu un vértiable coup de cœur pour cette maison encore dans son jus, avec énormément de travaux de restauration. Nous voulions lui redonner sa beauté d’antan.

Un an après, en avril 2019, je donne naissance à mon petit rayon de soleil, ma Romy, le déclencheur de l’aventure. Mon congé maternité se passe et plus le temps défile, moins je veux retourner travailler. Je veux profiter de ma fille et surtout, je ne veux pas la laisser au détriment d’un travail qui ne me fait pas vibrer. J'en discute avec mon mari et fini par tout quitter. C’était il y a un an. "La Treille, maison ensoleillée" est donc né de cette maison qui m’inspire tant.

J'ai commencé avec la création de tambours de broderie dont le tout premier était destiné à ma fille puis, des amies m’en ont commandés et l’idée à grandit. Pour être honnête, au début, je ne voulais pas faire de mode, un trop plein de ces 10 années à faire des vêtements que je n’aimais pas. Puis au fur et à mesure de l’année, je me suis redirigée sur ma première passion (on ne quitte pas aussi facilement son premier amour !).

J’ai commencé à proposer des tee-shirts, j'avais ma brodeuse et j’aimais l’idée de les teindre et de les rendre unique. J’ai ensuite réfléchi à développer d’autre produits et propose depuis peu des sweat brodés. Parallèlement à tout ça, j'ai eu une grosse remise en question sur ce que je voulais faire et comment. Je devais réapprendre à travailler différemment, revenir aux sources, et travailler avec des ateliers français. Avoir la possibilité de choisir mon tissu et de créer en fonction de ce que celui-ci m’inspire. Avoir un réel échange, un peu comme l’on travaillait avant.

Je veux proposer des vêtements de qualités, intemporels et en petites quantités pour garder une échelle humaine. J’aime apprendre et rencontrer des personnes passionnées par leurs métiers autant que je le suis.

Ma rencontre avec une Maitre parfumeuse pour mon projet de création d'une eau parfumée "l’Eau Ensoleillée". Elle a un talent exceptionnel et a compris immédiatement ce que je voulais, c'est ça la richesse de travailler en local.

La Treille est un univers complet, une soif de liberté, je ne veux pas avoir à me restreindre sur quoi que ce soit. C’est également une histoire famille, mon mari compose toutes les musiques des vidéos.


Comment se déroule la création de nouveaux produits ?


Marine - Je définis le type de produit que je souhaite développer puis, je choisie la matière qui est pour moi, un élément très important de la fabrication. C’est elle qui va donner au vêtement une tenue, un look, un confort. Je voulais un coton très épais et surtout brut sans aucun traitement. C'est une matière qui me fascine à l’état brut car elle se suffit à elle-même. Pour la conception, j'ai travaillé avec un Atelier au Portugal car ils sont reconnus pour être très bons dans tous ce qui est maille (tee-shirt, sweat). Il y a eu beaucoup de recherche avec de tomber sur la bonne matière qui donnerait la tenue et la coupe que je veux. Pour le sweat par exemple, je lui voulais une coupe particulière : manches chauve-souris très années 80, assez court pour mettre en valeur le corps de la femme. La mise au point a pris plus de 6 mois. Du jamais vu après 10 ans de métier mais je suis très exigeante alors je préfère prendre le temps. Les sweats sont ensuite teints et brodés de façon artisanale à la Treille. Ce qui est un peu la marque de fabrique de la maison : rendre chaque vêtement unique.


Tes créations respirent le sud, quelle histoire, attachement as-tu à Marseille et sa région ?


Marine - Je suis née à Marseille, ma ville d’origine et de cœur. Pour tout te dire, mes grands-parents et parents sont également nées dans la cité phocéenne. J’aime les couleurs de la Provence, la mer et le soleil. Marseille est une ville qui regorge de pépites aussi bien les Calanques, que le Vieux port ou aller se promener dans les collines du Garlaban. Il y a une grande diversité de paysages, toujours accompagné du son des cigales en été. Il fait bon y vivre. La Treille est avant tout la continuité de ce que j’aime, le sud et son mode de vie avec en plus, ma passion pour le vintage.


Quelle est la place d’Instagram dans ton activité, ta notoriété ?


Marine - Instagram est très important pour moi, c’est pour l’instant mon seul moyen de communication. Je souhaite y développer la marque mais pas seulement. La Treille, c’est également notre quotidien alors j’y partage aussi de véritable moments de vie. C'est vraiment essentiel pour moi de conserver le côté humain et d'être proche des personnes qui me suivent dans cette aventure.


C'est comment la vie d'entrepreneure ?


Marine - La vie d’entrepreneuse, c’est un peu comme les montagnes russes. Un jour tout va bien tu y crois à fond, tu pourrais soulever des montagnes et le lendemain rien ne va plus. Tu doutes, tu te sens seule et tu as peur.

Tu te poses cette question qui est là depuis le début vais-je y arriver ? C’est le moment important ou il faut savoir se ressaisir parce que tu ne dois pas lâcher. Il faut aller au bout de ses rêves et ça se construit. Si c’était simple tout le monde le ferai…! J’ai la chance d’avoir des personnes autour de moi qui croient en moi et m’encouragent.


Je crois qu'être une femme lorsque l'on entreprend est une force, que notre coté Yin (la puissance liée à la création, notre intuition...) nous aide et nous pousse à nous dépasser dans cette aventure. Tu en penses quoi?


Marine - Est-ce le fait d’être une femme ou juste un trait de caractère ?

Si je fais un point sur mon vécu, c’est effectivement la maternité qui m’a donné cette force de me lancer. Ce jour où j’ai vraiment eu l’impression de devenir une femme, une louve, une battante... Je pense qu’en tant que femme, nous avons effectivement une capacité à nous surpasser. Libre à chaque femme ensuite de l’utiliser.

Qu’est-ce qui est le plus gratifiant pour toi ?


Marine - Voir des personnes que je ne connais pas porter mes vêtements et s’interesser à la marque. C’est juste magique et c'est une grande source de motivation pour moi.



Une anecdote liée à ton aventure à nous raconter ?


Marine -

Tous les mardis, ma grand-mère de 82 ans vient travailler avec moi. Elle coud énormément. Elle m’a fait rire le jour où elle m’a dit : "Qui aurait cru que je retravaillerai à cette âge !". On passe des moments de complicité juste incroyables.

J’ai énormément de chance de l’avoir. Je n’aurais pas pu passer autant de temps avec elle sans la Treille.


Si tu devais donner un conseil à tous ceux qui veulent se lancer, ce serait quoi ?


Je me servirais de la citation de Georges Clemenceau qui m’aide beaucoup et qui est affichée en face de mon bureau : «Il n’y a qu’une façon d’échouer, c’est d’abandonner avant d’avoir réussi.»


Un mantra qui t'accompagne au quotidien ?


Marine - Je n’ai pas vraiment de Mantra, je suis une personne très stressée à la base. Une boule de nerf. J’ai du mal à prendre du temps pour moi et me recentrer. Il faut vraiment que j'y travaille pour gagner en plénitude.


Qu'est-ce qui t'inspire ?


Marine - Ma maison est une grande source d’inspiration depuis le début de l’aventure, elle nous ouvre énormément de possibilité pour la suite de l’aventure. Je réfléchi à l'idée de créer un restaurant éphémère dans le jardin ou un marché de créateurs…pousser le concept au maximum.

Je suis également passionnée par le vintage, les fripes, c’est une grande source d’inspiration pour moi, aussi bien dans les matières que dans les coupes. Je pourrais y passer des heures à chercher la perle rare.


Et pour finir...


J'espère que cette rencontre vous a plu. Je suis heureuse que vous ayez ralenti, pris le temps de lire ce nouvel article et vous dis à très bientôt, pour un nouveau portrait de celles qui font le beau.

1 commentaire